Réponse rapide
Un protège-matelas se pose sur le dessus : il laisse les côtés et le dessous du matelas ouverts. Une housse intégrale enferme le matelas sur ses six faces, avec une fermeture éclair, dans un tissu assez serré pour bloquer les allergènes. Chez l'adulte, les essais sont décevants. Mais chez des enfants asthmatiques allergiques aux acariens, un essai a montré 45 % de risque en moins de retour aux urgences pour une crise. Chez nous, on est passés du protège-matelas à la housse intégrale.
Sur le lit de Nono, il y a d'abord eu un simple protège-matelas. Puis on est passés à une housse complète, qui enferme tout le matelas. Personne ne nous l'a conseillée : on y est arrivés nous-mêmes, à force de tester. On a trouvé un modèle qui nous convient, même s'il est parfois plus chaud en été.
Le problème, c'est qu'en magasin, les deux produits portent souvent la même étiquette : « anti-acariens ». Voici ce qui les distingue vraiment.
Trois produits sous un même nom
- Le protège-matelas se pose sur le dessus, comme un drap-housse épais. Il protège des taches. Mais les côtés et le dessous du matelas restent ouverts.
- Le protège-matelas « traité anti-acariens » est le même produit, imprégné d'une substance censée repousser ou tuer les acariens. Il ne ferme pas mieux le matelas.
- La housse intégrale enveloppe le matelas sur ses six faces, avec une fermeture éclair. C'est la seule des trois qui enferme ce qu'il y a dedans.
Pourquoi enfermer le matelas
Un matelas ne se lave pas. En quelques années, il accumule des acariens, leurs déjections et leurs débris, qui sont la vraie source de l'allergie. On peut l'aspirer, mais pas le vider.
La housse intégrale ne tue rien : elle met une barrière entre ce réservoir et l'enfant qui dort dessus. Encore faut-il que le tissu soit assez serré. En laboratoire, les tissus dont les pores mesuraient moins de 10 microns bloquaient les allergènes d'acariens sous le seuil de détection[1]. Un tissu ordinaire ne fait pas ce travail.
L'agence américaine de l'environnement recommande d'ailleurs des housses anti-poussière sur les oreillers et les matelas, parmi les gestes de base contre les acariens chez les asthmatiques[5].
Ce que disent les essais
Les résultats sont très différents selon qu'on parle d'adultes ou d'enfants. Je vous donne les deux.
Chez l'adulte : décevant
Un grand essai a comparé des housses anti-allergènes à de fausses housses chez 1 122 adultes asthmatiques. Les allergènes du matelas étaient plus bas au bout de 6 mois, mais plus au bout de 12. Et il n'y avait pas de différence sur la respiration ni sur l'arrêt des traitements inhalés[3].
La revue Cochrane sur le sujet va dans le même sens pour l'ensemble des mesures contre les acariens chez l'asthmatique : elles ne peuvent pas être recommandées[4].
Chez l'enfant asthmatique : un vrai résultat
Un essai de 2017 a suivi 284 enfants asthmatiques de 3 à 17 ans, allergiques aux acariens, qui venaient de passer aux urgences pour une crise. La moitié a reçu de vraies housses anti-acariens, l'autre moitié de fausses housses, sans le savoir[2].
Au bout d'un an, 29 % des enfants avec de vraies housses étaient retournés à l'hôpital pour une crise, contre 41 % avec les fausses. Après ajustement, le risque de retour aux urgences était 45 % plus bas. En revanche, il n'y avait pas de différence sur le recours aux corticoïdes par voie orale[2].
Chez nous
Nono a fait de grosses crises d'asthme, de celles où on appelle les secours. Pour un enfant comme lui, c'est l'étude la plus proche de notre situation. Elle ne promet pas de miracle, mais elle mesure quelque chose de concret : moins de passages à l'hôpital.
Ce résultat ne remplace pas l'avis du médecin qui suit votre enfant. Mais il explique pourquoi la housse intégrale reste un geste de base dans une chambre d'enfant allergique.
Reconnaître une vraie housse intégrale
Voici ce qu'il faut regarder avant d'acheter :
- Six faces et une fermeture éclair, qui fait le tour du matelas. Si elle ne ferme pas, ce n'est pas une housse intégrale.
- La taille des pores ou une mesure de blocage des allergènes. Sans cette information, on achète une promesse.
- La bonne épaisseur : mesurez la hauteur du matelas, pas seulement sa longueur et sa largeur.
- Le lavage : une housse qu'on ne peut pas laver finit par accumuler la poussière à son tour.
- Le confort : bruit quand l'enfant bouge, et chaleur. J'y reviens juste en dessous.
Ça ne sert à rien pour isoler le matelas : le protège-matelas « traité »
Posé sur le dessus, il laisse le matelas ouvert sur les côtés et en dessous. Le traitement ne retire aucun allergène déjà présent. Il protège des taches, pas de l'allergie.
Et le protège-matelas qu'on a déjà ?
Il n'est pas à jeter. Posé par-dessus la housse intégrale, il continue de faire ce qu'il sait faire : protéger des taches. Il se lave plus facilement que la housse, qu'on sollicite donc moins. Simplement, il ne remplace pas la housse : c'est elle qui fait barrière.
La chaleur en été
C'est le seul reproche qu'on lui fait : elle est parfois plus chaude en été. C'est logique, un tissu très serré laisse moins passer l'air.
Mais ce n'est pas une fatalité. L'étude de laboratoire sur les pores montrait que des tissus très serrés ou non tissés pouvaient bloquer les allergènes tout en laissant passer l'air[1]. Si la chaleur vous inquiète, cherchez une housse présentée comme respirante, et vérifiez qu'elle annonce quand même une barrière aux allergènes.
Et le reste du lit
La housse isole le matelas, pas le reste. Les draps se lavent chaque semaine, à 60 °C quand le tissu le permet[5]. J'explique pourquoi la température compte dans mon article sur la lessive et le lavage à 60 °C.
Chez nous, l'oreiller de Nono n'a pas encore sa housse. C'est le prochain point à régler : l'oreiller est collé à son visage toute la nuit. Le reste des gestes est dans le protocole complet que j'applique dans sa chambre.
Questions fréquentes
Un protège-matelas anti-acariens suffit-il ?
Non, s'il se pose seulement sur le dessus. Il laisse les côtés et le dessous du matelas ouverts. Pour isoler le réservoir d'allergènes, il faut une housse intégrale qui enferme le matelas entièrement, avec une fermeture.
Une housse anti-acariens tient-elle chaud ?
Ça dépend du tissu. Chez nous, elle est parfois plus chaude en été. En laboratoire, certains tissus très serrés ou non tissés bloquent les allergènes tout en laissant passer l'air : c'est ce qu'il faut chercher si vous craignez la chaleur.
Faut-il aussi une housse pour l'oreiller ?
Oui, l'agence américaine de l'environnement recommande des housses anti-poussière pour les oreillers comme pour les matelas. L'oreiller est collé au visage toute la nuit. Chez nous, celui de Nono n'en a pas encore : c'est le prochain point à régler.
La housse remplace-t-elle le lavage des draps ?
Non. Elle isole le matelas, mais les draps et la housse elle-même accumulent squames et poussière. Les draps se lavent chaque semaine, à 60 °C quand le tissu le permet, et la housse selon sa notice.
Sources
- Vaughan JW et al. Evaluation of materials used for bedding encasement: effect of pore size in blocking cat and dust mite allergen. J Allergy Clin Immunol, 1999 (PMID 9949312)
- Murray CS et al. Preventing Severe Asthma Exacerbations in Children. A Randomized Trial of Mite-Impermeable Bedcovers. Am J Respir Crit Care Med, 2017 (PMID 28282501)
- Woodcock A et al. Control of exposure to mite allergen and allergen-impermeable bed covers for adults with asthma. N Engl J Med, 2003 (PMID 12867606)
- Gøtzsche PC, Johansen HK. House dust mite control measures for asthma. Cochrane Database Syst Rev, 2008 (PMID 18425868)
- EPA, Asthma triggers: gain control (acariens)
